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Le vivant comme cause commune

En cette rentrée où la question de la compatibilité entre l’écologie et l’économie fait l’actualité, je publie L’urgence du vivant, vers une nouvelle économie. Je présente dans cet ouvrage des initiatives locales, des inventions judicieuses, des outils dynamiques de mesure de progrès (résilience, relation…), des méthodes comptables, des réinvestissements… qui permettent ensemble la mutation de nos modes de vie et de production. Il s’agit de prendre soin du vivant duquel toute notre économie dépend et dépendra de plus en plus. Mais une question nous taraude : Comment faire ?

Une marche pour le climat samedi. Des tribunes qui pleuvent pour mobiliser un sursaut définitif… jusqu’aux artistes – bientôt aussi atterrés que les économistes – derrière Juliette Binoche.
Le mouvement qu’a attisé la démission de Nicolas Hulot s’amplifie. S’il va quitter le devant de la scène politique – avec des acteurs professionnels de la chose – il va monter « en politique » au sens que la société entière a compris l’urgence au point de n’avoir plus qu’une obsession : comment être à la hauteur de l’urgence, comment être à l’échelle ?

Depuis dix jours, les médias fustigent la politique des petits pas, et oscillent entre radicalité et réformisme. Ils explorent les « vrais petits pas » capables de retourner le système mortifère. Car il s’agit bien de transformer une machine à liquider le vivant en organisation qui prend soin de la branche qui la fait fleurir. De changer les modes de production et les comportements de consommation.

Pour trouver les mobilisations pertinentes, le passage à l’action, nous ne pouvons pas nous cantonner aux idées ou aux solutions ponctuelles… Il faut pouvoir tenir ensemble les porteurs d’idées et de concepts, ceux qui réalisent et opèrent dans le mode économique, les décideurs, assureurs et investisseurs. Traiter ensemble, les changements conceptuels, pratiques et politiques. Ici le dialogue multipartite devient le catalyseur central. Comme un creuset pour métaboliser de nouvelles réactions et surtout aborder le sujet de toutes les peurs : comment assumer chacun les risques que comporte la transition. Car enfin, les géants de la chimie ont encore de belles rentes en faisant tourner leur chimie du pétrole. Et puis les plasturgistes ont-ils quelqu’intérêt à passer au biosourcé ? Les investisseurs peuvent-ils vraiment s’enticher d’innovations encore peu éprouvées…

Le dialogue inclusif pour aborder les risques de la transition

Muter fait peur. Il y a des risques dans la transition économique et écologique. Nous avons plus que jamais besoin d’enceintes pour nous entendre sur les transitions à assumer et examiner le prix possible à payer par chacun pour y parvenir. Pour y croire. Et surtout pour se donner confiance ensemble. Sans ce réalisme, les gens ne bougeront pas. Car, se répartir les risques de la transition est la condition de la confiance, indispensable pour avancer.

Pour changer il faut changer collectivement. Il y a des visions à construire pour donner à voir le monde d’après. Si Lego ou Ikea décident d’utiliser de nouveaux plastiques issus des biomasses, c’est parce qu’ils ont vérifié que les consommateurs souhaitent ces nouveaux matériaux et sont prêts à les acheter. Si AgroMousquetaires a cessé la pêche au chalut c’est que le public aspire à protéger la régénération des populations océaniques. Les exemples se multiplient sur ces « ententes » pour des modes de production qui intègrent les valeurs environnementales et sociales. Et pour accélérer ces « pactes gagnant-gagnant » il faudrait multiplier les cénacles de concertation : car les dilemmes sont complexes. Il faut s’assurer que le remplacement des pratiques polluantes, ou dégradantes, conduit à des progrès réels.

Cause commune

Intégrer dans nos boussoles le vivant, c’est possible. Si chacun, industriel, financeur, académique, associatif, politique, accepte de quitter ses zones de confort, ses rentes, ses aveuglements. Depuis cinquante ans, le signal politique est donné, distillé en piqûres de rappel : rapport Meadows (1972) rapport Brundtland (1987), déclaration de Rio (1992), protocole de Kyoto (1997), Cop21 (2015). Le monde industriel sait les menaces que font peser sur lui le dérèglement climatique et l’effondrement des rendements agricoles et des services écosystémiques. Le temps est venu d’inventer dans une interaction étroite les conditions de notre survie. D’imaginer un modèle de développement fondé sur la régénération plutôt que sur la prédation. Un pari sur le vivant plutôt que sur les automates.

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